—J'espère que non, si vous écoutez mes avis. Au nom du Ciel, mou fils, ne paraissez plus seul et sans armes dans ces processions. Savez-vous que vous avez failli être tué tout à l'heure? Lisez ceci, mon fils.
La reine tendit à Henri III la missive qu'elle venait de recevoir.
—Un moine! murmura le roi quand il eut lu. Et un moine de l'ordre des jacobins! Je connais le prieur Bourgoing: c'est un homme qui est incapable d'avoir trempé dans une aussi noire trahison... Qu'en pensez-vous, madame?
—Je pense, dit Catherine, que votre confiance est la chose la plus étonnante que j'aie vue. Défendez-vous, mon fils. Chartres, vous l'avez dit vous-même, est trop près de Paris. Eh bien! que dès demain, votre départ pour Blois se prépare. Une fois en sûreté dans le vieux château, vous pourrez avec plus de sang-froid chercher le moyen de sauver la religion, le peuple... et la monarchie. En attendant, il faut à tout prix retrouver ce moine, s'il est encore dans Chartres, et en faire un exemple terrible.
—Soyez tranquille, ma mère, dit Henri III en se levant. Si l'homme est encore dans Chartres, il ne m'échappera pas!
La vieille reine, demeurée seule, pressa son front ridé dans ses doigts maigres et jaunes comme de l'ivoire.
«Clément! murmura-t-elle. Où ai-je entendu déjà ce nom?... Il y a longtemps... bien longtemps... Qu'est-ce que ce Clément? Il faut que je sache... allons voir Ruggieri!»
Elle traversa deux pièces et aboutit à un escalier qui conduisait aux combles de l'hôtel Cheverni.
Là, dans un de ces combles aménagés en chambre, assis à une table couverte de papiers, lisait un personnage que nous avons entrevu au début de cette histoire: c'était l'astrologue Ruggieri, alors bien vieux, bien fatigué, mais travaillant toujours à son rêve, courant toujours après la chimère, qui fuyait dès qu'il croyait la tenir enfin... La pierre philosophale!... L'élixir de la vie éternelle!...
Ruggieri, ayant levé la tête, vit Catherine assise devant lui et sourit. Il aimait la vieille reine. Ces deux existences étaient liées.