—La nuit dernière, reprit Pardaillan, j'étais encore tout dévoué à Sa Majesté, puisque j'ai obtenu la faveur que le roi ne fût point tué aujourd'hui. Est-ce vrai, messire?

—C'est vrai, répéta le moine.

—Et maintenant? demandèrent Chalabre, Montsery et Sainte-Maline.

—Ce soir, dit tranquillement le chevalier, pas plus qu'hier, pas plus que demain, je ne prends conseil de personne. Messieurs, moi vivant, aucun de vous ne touchera un cheveu du révérend jacobin qui est mon hôte...

Au même instant, Pardaillan et Charles d'Angoulême furent debout, l'épée à la main.

—Une minute, messieurs!... s'écria Sainte-Maline, chevalier, je dois vous prévenir que la ville est sillonnée par les patrouilles de M. de Crillon. Vainqueur ou non, vous serez pris. Réfléchissez, il en est temps encore...

—Ce que vous dites là est plein de sens, fit Pardaillan en abaissant la pointe de son épée. J'ai besoin de quitter Chartres au point du jour, et je me soucie peu d'être arrêté. Aussi, messieurs, ne me battrai-je pas contre vous, à moins que vous ne me forciez à vous tuer, ce dont j'aurais le plus vif regret...

—Vous nous laissez donc faire? s'écria Chalabre.

—Non pas!... Seulement, j'avais marqué dans ma tête deux existences que je comptais vous demander en paiement de votre dette. Je renonce à l'une d'elles, et je vous demande la vie de messire Clément... C'est le deuxième tiers de votre dette, messieurs.

En parlant ainsi, Pardaillan rengaina paisiblement sa rapière et reprit place à table; il paraissait certain que les spadassins tiendraient parole.