Maurevert se taisait en effet... Et qu'eût-il pu dire?...

Pardaillan s'approcha de lui jusqu'à le toucher presque. Maurevert laissa échapper un sourd gémissement. Il oubliait que Pardaillan lui offrait un combat loyal. Il songeait seulement qu'il allait mourir...

—Vous ne répondez pas, dit alors Pardaillan. Eh bien, il faut que je vous le dise: c'est pour cela... que j'ai résolu de vous tuer. Tout le reste vous est pardonné. Mais, cela, j'ai voulu vous le faire expier par seize ans d'épouvante. Et aujourd'hui je trouve que vous ayez assez eu peur de la mort pour mourir enfin; et, puisque je vous rencontre sous mon pied, je vous écrase...

Maurevert s'abattit à genoux, leva son front ruisselant de sueur glacée et gronda d'une voix rauque:

—Laissez-moi vivre... Faites-moi grâce de la vie!... Grâce! Grâce!... Au nom de Loïse! Ne me tuez pas!...

Pardaillan, à ce nom, frissonna. Puis, jetant vers le duc d'Angoulême un regard que le jeune duc eût trouvé sublime s'il eût connu le sacrifice qu'exprimait ce regard:

—Relevez-vous... dit-il, écoutez-moi... peut-être puis-je vous faire grâce comme vous me le demandez...

D'un bond, Maurevert fut debout. Ses mains crispées se serrèrent convulsivement l'une contre l'autre.

—Oh! râla-t-il, que faut-il faire? Parlez!... Ordonnez! Oui, vous avez droit de vie et de mort sur moi! Oui, j'ai été infâme!... Mais vous... vous dont on dit que vous êtes le dernier chevalier de notre âge... vous qui êtes la bravoure et la générosité... oh! vous serez aussi le pardon!...

Le rire de la femme aux cheveux d'or, le rire étrangement funèbre de cette femme debout, appuyée à la croix, retentit de nouveau... Et Pardaillan tressaillit...