Espinosa le regarda un instant et approuva doucement de la tête.
—Pour en revenir à l'objet de votre mission. Sa Majesté ne refuse pas d'accéder à la demande que vous lui avez transmise. Mais vous devez comprendre qu'une question aussi importante ne se peut résoudre sans qu'on y ait mûrement réfléchi. Vous le comprenez?
Ayant écarté l'orage momentanément, Espinosa s'effaça de nouveau, laissant au roi le soin de continuer la conversation dans le sens où il l'avait aiguillée. Et Philippe, comprenant que l'inquisiteur ne jugeait pas le moment venu de briser les pourparlers, ajoutait:
—Nous avons nos vues.
—Précisément, dit Pardaillan, ce sont ces vues qu'il serait intéressant de discuter. Vous rêvez d'occuper le trône de France et vous faites valoir votre mariage avec Elisabeth de France. C'est un droit nouveau en France et vous oubliez, sire, que, pour consacrer ce droit, il vous faudrait une loi en bonne et due forme. Or, jamais le parlement ne promulguera une pareille loi.
—Qu'en savez-vous, monsieur?
—Eh! sire, voici des années que vos agents sèment l'or à pleines mains pour arriver à ce but. Avez-vous réussi?... Toujours vous vous êtes heurté à la résistance du parlement... Cette résistance, vous ne la briserez jamais, ajouta Pardaillan haussant les épaules.
—Et qui vous dit que nous n'avons pas d'autres droits?
—Le parchemin de Mme Fausta?... Eh bien, parlons-en de ce parchemin! Si vous mettez la main dessus, sire, publiez-le et je vous réponds qu'aussitôt Paris et la France reconnaissent Henri de Navarre.
—Comment cela? fit le roi avec étonnement.