—El Torero? fit le roi paisiblement. Vous le verrez... Vous êtes invité à la corrida d'après-demain lundi. Vous verrez là un spectacle extraordinaire, qui vous étonnera, j'en suis sûr, reprit Philippe avec cette intonation étrange qui fit dresser l'oreille à Pardaillan, comme elle avait frappé Fausta l'instant d'avant.

—Je remercie Votre Majesté de l'honneur qu'elle veut bien me faire, et je ne manquerai pas d'assister à un aussi curieux spectacle.

—Allez, monsieur l'ambassadeur, je vous ferai connaître ma réponse à la demande de S. M. Henri de Navarre... Et n'oubliez pas la corrida, lundi.

—Ouais! songeait Pardaillan en s'inclinant, serait-ce quelque traquenard à mon intention?... Mortdiable! il ne sera pas dit que ce sinistre despote m'aura fait reculer! Je n'aurai garde-d'oublier, sire! dit-il, se redressant. Et en lui-même: Pas plus que tu n'oublieras les quelques vérités dont je t'ai gratifié.

Et, d'un pas ferme, il se dirigea vers l'antichambre.

Derrière lui, sur un signe impérieux de Philippe II, Barba Roja se mit en marche. En passant près de son maître, il s'arrêta une seconde:

—Corrige-le, ridiculise-le devant tout le monde... mais ne le tue pas, murmura le roi.

Et le molosse sortit derrière Pardaillan en marmonnant:

«Diantre soit de la fantaisie du roi! C'était si facile de le prendre par le cou et de l'étrangler comme un poulet... ou bien encore quelque bon coup de dague ou d'épée et la besogne se trouvait proprement expédiée...»

Barba Roja sorti, le roi se leva, vint se placer derrière une lourde portière de brocart, poussa légèrement la porte et, de là, se mit à surveiller attentivement ce qui allait se passer.