—Ma bonne étoile m'a fait arriver à point pour vous éviter un mauvais coup, monsieur, mais je ne suis pas quitte envers vous; au contraire, me voici à nouveau votre débiteur.

—Comment cela, monsieur?

—Eh! monsieur, n'avez-vous pas paré pour moi plusieurs coups qui m'eussent indubitablement atteint... si vous n'aviez veillé sur moi!

—Ah! fit Pardaillan, vous avez remarqué cela?

—Nécessairement, monsieur.

—Ceci prouve que vous savez garder tout votre sang-froid dans l'action, ce dont je vous félicite vivement... Maintenant, si vous m'en croyez, attaquons toutes ces victuailles qui doivent être succulentes, si j'en juge par leur mine. Nous causerons en mangeant.

Et les trois amis commencèrent bravement le massacre des provisions accumulées devant eux.

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Pendant que Pardaillan répare ses forces épuisées par un long jeûne, et les émotions d'une journée si bien remplie, il nous faut revenir à un personnage dont les faits et les gestes sollicitèrent notre attention.

Nous voulons parier de cet étrange mendiant qui, en reconnaissance d'une aumône royale que lui avait généreusement faite le chevalier de Pardaillan, n'avait rien trouvé de mieux que de le menacer de son poignard, par-derrière, et s'était soudain évanoui. Le mendiant s'était tout simplement glissé entre les marchandises qui encombraient le quai, avait gagné une des nombreuses ruelles qui aboutissaient au Guadalquivir, et s'était élancé en courant dans la direction de l'Alcazar.