—Qu'est-ce encore?

—Vous m'aviez promis que la petite bohémienne ne serait pas livrée à don Almaran.

—Eh bien? fit Fausta en l'étudiant attentivement.

—Eh bien, je désire savoir si cette promesse tient toujours. Excusez-moi, madame, reprit Centurion avec une émotion étrange, je ne suis qu'un pauvre bachelier qui, sa vie durant, n'a fait que loger le diable dans sa bourse... C'est vous dire que les 50 000 livres que je devrai à votre générosité représentent pour moi une fortune inouïe... Pourtant, cette fortune, je l'abandonnerais de grand coeur contre l'assurance que jamais la Giralda ne sera livrée à cette brute de Barba Roja.

—Tu l'aimes donc bien? demanda Fausta de son air paisible.

Sans répondre. Centurion joignit les mains en une extase muette.

—Rassure-toi, dit lentement Fausta, jamais cette jeune fille ne sera, par ma volonté, livrée à ton parent.

Centurion se courba jusqu'à terre et s'élança au dehors, ivre de joie.

Fausta resta un long moment rêveuse, combinant dans sa tête les derniers détails du guet-apens qui devait, enfin, faire disparaître de sa vie cet obstacle vivant qui la faisait trébucher dans toutes ses entreprises, et qui s'appelait Pardaillan.

Ayant tout réglé, elle se leva et sortit du cabinet. Dans le corridor où elle s'engagea, elle s'arrêta devant une porte, poussa un judas invisible, et regarda par la petite fente. Une jeune fille, blottie dans un large fauteuil, en une pose adorable de grâce, paraissait sommeiller doucement, la tête penchée sur son épaule.