Et tout aussitôt, avec son petit air autoritaire et décidé, elle ajouta:

—Je ne suis donc plus ta petite maîtresse? Je ne commande plus? Tu te révoltes?

Très doucement, mais avec un air obstiné, il dit:

—Tu es et tu seras toujours toute ma joie. Je passerais à travers le feu pour te voir... Mais je ne veux plus que tu me nourrisses.

Malgré elle, elle eut un regard sur ses loques et, encore un coup, il baissa la tête en rougissant. Elle lui prit le menton du bout de ses petits doigts, l'obligea à relever la tête et plongea avec une grande tendresse son regard innocent dans le sien. Et elle comprit ce qui se passait dans son esprit. Et elle eut cette délicatesse vraiment féminine de ne pas insister.

—Soit, dit-elle après un silence. Tu viendras quand tu voudras. Quant au reste, tu feras comme tu voudras. Seulement n'oublie pas, si tu avais besoin, que tu me ferais une grosse peine de ne pas te souvenir que je suis et resterai toujours pour toi une soeur tendre et dévouée. Me promets-tu de ne pas oublier?

Elle dit ceci avec une grande douceur et une émotion poignante. Alors, ainsi qu'il leur arrivait parfois quand elle faisait la reine, et qu'il lui rendait humble hommage, il s'agenouilla et posa doucement ses lèvres sur la pointe de son petit soulier de satin.

Elle reçut l'hommage sans fausse modestie, comme un tribut dû à sa beauté et à sa bonté, mais avec un regard attendri où perçait une pointe de malice nuancée de pitié.

Lui, cependant, se redressait et disait dans un grand élan de tout son être:

—Tu es et tu seras toujours ma petite maîtresse.