Il savait bien qu'il n'avait pas besoin de le nommer et qu'elle comprendrait quand même. Seulement la question en soi la laissa toute désemparée. Évidemment, elle ne s'était jamais interrogée elle-même, car elle écarta ses mains et, le regardant de ses yeux baignés de larmes, elle dit avec une naïveté touchante:
—Je ne sais pas!
Il eut une seconde d'espoir. Si elle ne savait pas elle-même, le mal n'était peut-être pas irréparable.
Espoir très fugitif. Tout de suite l'aveu détourné jaillit spontanément, douloureux dans sa cruauté involontaire.
—Je ne sais pas si je l'aime! Mais ceux qui le poursuivent avec tant d'acharnement et qui, pour le vaincre, lui si courageux et si fort, ont dû l'attirer dans quelque odieux guet-apens et l'assassiner lâchement, ceux-là je les déteste. Je les déteste et ce sont des assassins... des assassins maudits... oui, maudits.
Et, en répétant ces mots avec colère, elle trépignait à coups de talons furieux, oubliant que c'était sur lui, Chico, qu'elle trépignait ainsi. Lui ne broncha pas. Il n'avait même pas senti les coups de talon pourtant violents. Elle aurait pu le fouler et l'écraser littéralement, il, ne s'en serait pas aperçu davantage. Il était devenu livide. Une seule pensée subsistait en lui, qui le rendait insensible à la douleur physique:
«Elle déteste et maudit ceux qui l'ont attiré dans un guet-apens! Mais j'en suis, moi, de ceux-là!... Alors, elle va me détester et me maudire aussi? Elle me chasserait de sa présence... ce serait fini, il ne me resterait plus qu'à mourir. Mourir!...»
Et, comme si ce mot avait un écho dans son esprit à elle, elle reprit en pleurant doucement:
—Je ne sais pas si je l'aime! Mais il me semble que je mourrai si je ne le vois plus.
Alors, de la voir pleurer, de l'entendre dire qu'elle mourrait, comme un enfant, il se mit à pleurer tout doucement, lui aussi. Et, en pleurant, sans savoir ce qu'il faisait, il baisait les petits pieds et les arrosait de ses larmes, et il répétait dans des sanglots convulsifs: