—Le Torero! s'exclamèrent les cinq.

—Vous connaissez l'homme. Pensez-vous qu'il soit à la hauteur du rôle que nous voulons lui faire jouer?

—Oui, par le Christ! C'est une vraie bénédiction du Ciel que ce soit justement celui-là le fils de don Carlos. Nous ne pouvions rêver chef plus noble, plus généreux, s'écria le duc de Castrana, avec enthousiasme.

—Bien, duc. Vos paroles me rassurent, car je vous sais très réservé dans vos admirations. Je dois vous avouer que je connais peu le prince. Je sais qu'on parle de lui comme d'une manière de Cid dont on se montre très glorieux. Mais je me demandais s'il aurait assez d'intelligence pour me comprendre, assez d'ambition pour adopter mes idées et les faire siennes.

Avec un peu plus de perspicacité, le duc et les cinq hommes qui l'entouraient eussent pu se demander comment cette princesse avait pu parler de son mariage avec un homme qu'elle ne connaissait même pas.

Ils n'y pensèrent pas. Et le duc se contenta de dire:

—Le Torero, c'est un fait connu, a des idées qui se rapprochent sensiblement des nôtres. Pour ce qui est de vos inquiétudes, je crois fermement qu'elles seront dissipées dès que vous aurez eu un entretien avec le prince.

—J'en accepte l'augure. Mais, duc, n'oubliez plus qu'il n'y a pas, qu'il ne peut y avoir de fils de don Carlos. Il ne peut y avoir qu'un fils légitime du roi. Don César est ce fils! Pour convaincre les incrédules, il n'est rien de tel que de paraître sincère et convaincu soi-même. Cette sincérité, vous l'obtiendrez en vous habituant à considérer, vous-mêmes, comme une vérité absolue, ce que vous voulez faire pénétrer dans l'esprit des autres.

—C'est vrai, madame. Soyez assurée que nous n'oublierons pas vos recommandations.

—Pour l'exécution de vastes desseins, il me faut des hommes d'élite et c'est pourquoi je vous ai pris à part.