Vers le moment où le roi attendait le chevalier de Pardaillan, l'abbesse Claudine de Beauvilliers entra dans une cellule voisine du cabinet du Béarnais.

L'abbesse s'en fut droit à la muraille, déplaça un petit guichet dissimulé dans la tapisserie, et par cette étroite ouverture, écouta, sans en perdre un mot, tout ce qui se dit dans le cabinet.

Lorsque Pardaillan sortit du cabinet du roi, Claudine de Beauvilliers referma le guichet et sortit à son tour.

L'instant d'après, elle était en tête-à-tête avec le roi, qui, remarquant l'expression sérieuse de sa physionomie habituellement enjouée, s'écria galamment:

—Hé là! ma douce maîtresse, d'où vient ce nuage qui assombrit votre beauté?

—Hélas! sire, les temps sont durs! et les soucis de notre charge écrasent nos faibles épaules.

Ayant ainsi aiguillé la conversation dans le sens où elle le voulait, Claudine se lança dans un long exposé des devoirs de sa charge d'abbesse et des embarras financiers dans lesquels elle se débattait.

—Cent mille livres, sire! Avec cette somme, je sauve votre maison de la ruine. Me les refuserez-vous?

L'humeur galante du Béarnais se refroidit considérablement à l'énoncé de cette somme plus que rondelette. Et, comme Claudine insistait:

—Hélas! ma vie, où voulez-vous que je prenne cette somme énorme?... Ah! si les Parisiens m'ouvraient enfin leurs portes!... si j'étais roi de France!...