—L'illustre princesse dont parle Votre Seigneurie a daigné s'arrêter dans notre ville. Elle est partie, voici une heure environ, se dirigeant sur Saragosse pour, de là, gagner Madrid. La princesse voyage en litière. Vous n'aurez pas de peine à la rejoindre.
Ces renseignements précieux étant acquis, ils mirent pied à terre, et:
—Mes compagnons et moi, nous sommes fatigués et nous étranglons de soif... Y a-t-il à manger chez vous?...
—Dieu merci! nous avons des provisions, seigneur! répondit l'aubergiste, non sans orgueil.
L'instant d'après, l'hôte posait sur une table: du pain, une outre rebondie, une épaule de mouton bouillie et un grand plat rempli de pois chiches cuits à l'eau, et, se tournant vers les voyageurs:
—Vos Seigneuries sont servies... Et, par Dieu! ce n'est pas souvent que nous servons pareil festin!
—Mortdiable! bougonna Montsery, c'est cette maigre pitance qu'il appelle un festin!
—Ne soyons pas trop exigeants, dit Bussi-Leclerc, et tâchons de nous habituer à cette cuisine, car c'est à peu près ce que nous rencontrerons partout...
Au bout d'une heure, les quatre compagnons enfourchèrent leurs montures, se lancèrent sur les traces de Fausta, et, bientôt, ils eurent la satisfaction d'apercevoir sa litière que des mules, richement caparaçonnées, traînaient d'un pas nonchalant, mais sûr.
Bordée de bruyère brûlée par les rayons implacables d'un soleil éblouissant, la route pierreuse côtoyait le flanc de la montagne, plongeait brusquement et, sinueuse, s'en allait traverser la plaine qui s'étendait à perte de vue.