C'était un homme qui paraissait un peu plus de quarante ans. Il était grand et maigre: il avait un front superbe, le front vaste d'un penseur, surmonté d'une chevelure abondante, naturellement bouclée, re jetée en arrière, légèrement grisonnante aux tempes; des yeux vifs, perçants; un nez long et crochu; les pommettes saillantes, les joues creuses, une petite moustache brune, relevée sur les côtés, et une barbiche taillée en pointe.

Le chevalier remarqua que son costume, quoique râpé, était d'une propreté méticuleuse; que l'inconnu paraissait se servir péniblement de son bras gauche. Enfin, il portait au côté une large et solide rapière.

Ils se mirent en route côte à côte, et, chemin faisant, avec une complaisance inlassable et une compétence qui frappa Pardaillan, l'inconnu lui fournit des renseignements clairs et précis sur tout ce qu'il pensait devoir intéresser un étranger.

En approchant du fleuve, il lui dit en désignant une tour encastrée dans l'enceinte du palais royal:

—L'hôtellerie de la Tour, où je vous conduis, se dénomme ainsi à cause de son voisinage avec cette tour, qui s'appelle la tour de l'Or... C'est le coffre où notre sire le roi enferme les richesses qui lui viennent d'Afrique.

—Peste! le coffre est de taille! A ce compte-là, je me contenterais d'un coffret! fit Pardaillan.

—Je me contenterais de moins encore! Vous pouvez le voir à ma mise, répondit l'inconnu en riant aussi.

—Monsieur, dit gravement Pardaillan, peu importe là mise et que l'escarcelle soit vide... Je vois à votre air que vous possédez ce que votre roi ne pourra jamais acquérir avec tous ses trésors.

—Diable! seigneur, fit l'inconnu d'un air narquois, qu'ai-je donc de si précieux, selon vous?

—Vous avez ceci et cela, répondit Pardaillan en posant son doigt tour à tour sur son front et sa poitrine.