Et, d'un coup sec, Cervantes brisait la coupe placée devant lui.

—Juana! appela Pardaillan. Mon enfant, apportez une autre coupe à M. de Cervantes.

Et, quand la coupe fut remplacée et remplie, Pardaillan se tourna vers Cervantes et:

—Mon cher ami, dit-il de cette voix spéciale qu'il avait dans ses moments d'émotion, vous me voyez ravi et tout ému de la belle amitié que vous voulez bien témoigner à l'étranger que je suis. Quand vous me connaîtrez mieux, vous saurez que j'ai dû déjà être brisé, je ne sais combien de fois dans ma vie, et, au bout du compte, j'ai toujours vu que ce sont ceux qui pensaient me pulvériser qui ont été brisés.

—Ce qui veut dire que, malgré ce que Je vous ai dit, vous persistez?

—Plus que jamais! dit simplement Pardaillan. Je dois à votre amitié une explication. La voici: tout ce que vous venez de me dire, je le savais aussi bien que vous, mais, une chose que vous ignorez peut-être et que je sais, c'est que mon pays est menacé de ce double fléau: Philippe II et son Inquisition... et je sais encore qu'il est impossible que la France soit lentement étranglée comme votre malheureux pays.

—Pourquoi?

—Parce que je ne le veux pas! dit froidement Pardaillan.

—Vous parlez encore comme don Quichotte! exulta Cervantes qui, à de certaines réponses de Pardaillan, perdait la notion de la réalité.

—S'il en est ainsi, ce don Quichotte dont vous me rebattez les oreilles, votre ami don Quichotte est fou!