Le Chico donc était habituellement en haillons. Très propres, il est vrai, depuis la leçon que lui avait infligée la petite Juana; mais des haillons, si propres qu'ils soient, sont toujours des haillons. Le nain n'endossait de beaux habits que lorsqu'il allait voir Juana. Mais ces beaux habits eux-mêmes n'étaient que de la friperie, en comparaison du magnifique costume, flamboyant neuf, qu'il arborait ce jour-là.
Le Torero, qui achevait rapidement de s'habiller, se chargea de renseigner le chevalier.
—Figurez-vous, chevalier, dit-il, que le Chico, qui s'est mis dans la tête qu'il m'a de grandes obligations, alors qu'en réalité c'est moi qui suis son obligé, le Chico est venu me demander, comme une faveur, de m'assister dans ma course. Il a fait les frais de ce magnifique costume, aux couleurs de celui que j'endosse moi-même, et du diable si je sais avec quel argent il a pu faire ces frais considérables! Je ne pouvais vraiment pas lui refuser, après tant d'attentions délicates. Ce qui fait qu'on me verra dans l'arène avec un page portant mes couleurs.
—Oui-da! fit Pardaillan, qui étudiait sans en avoir l'air le petit homme. Mais c'est très bien, cela! Il vous fera grand honneur, j'en réponds.
Le Chico était heureux des compliments qu'il recevait, et il le laissait ingénument voir.
—Tiens, dit-il, j'ai voulu faire honneur à mon noble maître. Puisque vous le dites, j'y ai réussi.
—Tout à fait, par ma foi. Mais pourquoi dis-tu: mon noble maître, en parlant de don César? Sais-tu s'il est noble seulement, puisque lui-même n'en sait rien!
—Il l'est, dit le nain avec conviction.
—C'est probable, c'est certain même. Mais enfin il serait, je crois, bien en peine de montrer ses parchemins.
Pardaillan avait sans doute une arrière-pensée en poussant ainsi le nain sur une question qui avait alors une très grande importance. Peut-être, connaissant sa fierté, s'amusait-il tout bonnement à le taquiner.