Près de lui se tenaient ses deux aides et le nain Chico. Tous les quatre étaient près de la porte d'entrée, le Torero s'entretenant avec Pardaillan, lequel avait manifesté son intention d'assister à la course à cet endroit qui lui paraissait bien placé pour intervenir, le cas échéant.
Près de cette porte d'entrée, le couloir était encombré par une foule de gens qui paraissaient faire partie du personnel nombreux engagé pour la circonstance.
Ni Pardaillan ni le Torero ne prêtèrent la moindre attention à ceux qui se trouvaient là et qui, sans aucun doute, avaient le droit d'y être.
Le moment étant venu d'entrer en lice, le Torero serra la main du chevalier et il alla se placer au centre de la piste, face à la porte par où devait sortir le taureau dont il aurait à soutenir le choc. Ses deux aides et son page (le Chico), qui ne devaient plus le quitter à compter de cet instant, se placèrent derrière lui.
Dès qu'il fut en place, comme la bête pouvait être lâchée brusquement, tous ceux qui encombraient la lice s'empressèrent de lui laisser le champ libre en se dirigeant à toutes jambes vers les barrières, qu'ils se hâtèrent de franchir, sous les quolibets de la foule amusée.
Les courtisans savaient que le Torero était condamné. Lorsque sa silhouette élégante se détacha, seule, au milieu de l'arène, au lieu de l'accueillir par des paroles encourageantes, au lieu de l'exciter à bien combattre, comme on le faisait habituellement pour les autres champions, un silence mortel s'établit soudain.
Le peuple, lui, ignorait que le Torero fût condamné ou non. Ceux qui savaient étaient des hommes à Fausta ou au duc de Castrana, et ceux-là étaient bien résolus à le soutenir. Or, pour ceux qui savaient, comme pour ceux qui ne savaient pas, le Torero était une idole.
Le silence glacial qui pesa sur les rangs de la noblesse déconcerta tout d'abord les rangs serrés du populaire. Puis l'amour du Torero fut le plus fort; puis l'indignation de le voir si mal accueilli, enfin le désir impérieux de le venger séance tenante de ce que plus d'un considérait comme un outrage dont il prenait sa part.
Le Torero, immobile au milieu de la piste, perçut cette sourde hostilité d'une part, cette sorte d'irritation d'autre part. Il eut un sourire dédaigneux, mais, quoi qu'il en eût, cet accueil, auquel il n'était pas accoutumé, lui fut très pénible.
Comme s'il eût deviné ce qui se passait en lui, le peuple se ressaisit et bientôt une rumeur sourde s'éleva, timidement d'abord, puis se propagea, gagna de proche en proche, s'enfla, et finalement éclata en un tonnerre d'acclamations délirantes. Ce fut la réponse populaire au silence dédaigneux des courtisans.