Il avait dit naïvement qu'il espérait faire honneur à son noble maître. Il lui fit honneur, en effet. Et, qui mieux est, il conquit d'emblée les faveurs d'un public railleur et sceptique qui n'appréciait réellement que la force et la bravoure.

Pour détourner l'orage prêt à éclater, il suffit qu'une voix, partie on ne sait d'où, criât: «Mais c'est El Chico!» Et tous les yeux se portèrent sur lui. Et nobles et vilains, sur le point de s'entre-déchirer, oublièrent leur ressentiment et, unis dans le sentiment du beau, se trouvèrent d'accord dans l'admiration.

Le branle étant donné par la voix inconnue, le roi ayant daigné sourire à la gracieuse réduction d'homme, les exclamations admiratives fusèrent de toutes parts. Les nobles dames qui s'extasiaient n'étaient pas les dernières ni les moins ardentes. Et le mot qui voltigeait sur toutes les lèvres féminines était le même:

«Poupée! Mignonne poupée! Poupée adorable! Poupée!»

Jamais le Chico n'avait osé rêver un tel succès. Jamais il ne s'était trouvé à pareille fête. Car il était assez glorieux le petit bout d'homme, et, sur ce point, il était, malgré ses vingt ans, un peu enfant.

Aussi fallait-il voir comme il se redressait et de quel air crâne il tourmentait la poignée de sa dague. Et cependant dans son esprit une seule pensée, toujours la même, passait et repassait avec l'obstination d'une obsession:

—Oh! si ma petite maîtresse était là! Si elle pouvait voir et entendre!...

Elle était là pourtant, la petite Juana; là, perdue dans la foule, et, si le Chico ne pouvait la voir, elle, du moins elle le voyait très bien.

Elle était là et elle voyait tout et entendait tout ce qui se disait, tous les compliments qui tombaient dru comme grêle sur son trop timide amoureux. Et elle voyait les jolies lèvres des nobles et hautes et si belles dames qui s'extasiaient. Et elle voyait même très bien ce que ne voyait pas le naïf Chico, perdu qu'il était dans son rêve d'adoration, c'est-à-dire les coups d'oeil langoureux que ces mêmes belles dames ne craignaient pas de jeter effrontément sur son pâtiras.

Parée comme une madone, elle avait rencontré le sire de Pardaillan, lequel, sans paraître remarquer sa rougeur et sa confusion ni son émotion, pourtant très visibles, l'avait doucement prise par la main, l'avait entraînée dans ce petit cabinet où elle était chez elle et s'y était enfermé seul à seule.