Presque aussitôt, il eut un léger froncement de sourcils et il ajouta en lui-même:

«Comment Bussi-Leclerc se trouve-t-il à la tête d'une compagnie de soldats espagnols? Est-ce que, par hasard, il viendrait m'arrêter?»

En même temps, d'un geste machinal, il assurait son ceinturon, dégageait sa rapière, se tenait prêt à tout événement.

Comme on le voit, il avait été long à s'apercevoir qu'il était en cause autant et plus que le Torero. Maintenant, son esprit travaillait et il s'attendait à tout.

A cet instant, un tonnerre de vivats et d'acclamations éclata, saluant la victoire du Torero.

Le taureau venait en effet de se laisser leurrer une dernière fois par la cape prestigieuse, et, croyant atteindre celui qui, depuis si longtemps, se jouait de lui avec une audace rare, il était allé s'enfermer lui-même dans le box aménagé à cet effet, et la porte, se refermant derrière lui, lui interdisait de revenir dans la piste.

Le Torero se tourna vers la foule qui le saluait d'acclamations délirantes, la salua de son épée et se dirigea vers l'endroit où il avait, dès le début de la course, aperçu la Giralda, avec l'intention de lui faire publiquement hommage de son trophée.

Au même instant, la barrière, près de Pardaillan, tombait sous une poussée violente et les cinquante et quelques gentilshommes et faux ouvriers, qui n'attendaient que cet instant, envahirent la piste, entourèrent de toutes parts le Torero, comme s'ils étaient poussés par l'enthousiasme de sa victoire, mais en réalité pour lui faire un rempart de leurs corps.

A ce moment aussi, les soldats, massés dans le couloir circulaire, quittaient leur retraite, se portaient sur la piste et se massaient en colonnes profondes, la mèche de leurs arquebuses allumée, prêts à faire feu devant les rangs serrés du populaire surpris de cette manoeuvre imprévue.

En même temps, un officier, à la tête de vingt soldats, se dirigeait à la rencontre du Torero.