—Que personne ne bouge, cria-t-il d'une voix tonnante, ou je fais feu!
Une voix résolue, devant l'inappréciable instant d'hésitation de la foule, cria, en réponse:
«Faites! Et après vous n'aurez pas le temps de recharger vos arquebuses!
Une autre voix entraînante hurla:
«En avant!»
Et ils allèrent de l'avant.
Et le vieil officier mit à exécution sa menace.
Une décharge effroyable, qui fit trembler les vitres dans leurs chasses de plomb, faucha les premiers rangs, les coucha sanglants ainsi qu'une gerbe de coquelicots rouges.
Si les officiers qui commandaient là avaient pris la précaution élémentaire d'échelonner le feu, leurs troupes ayant le temps de recharger les arquebuses—opération assez longue—pendant que d'autres auraient fait feu, le massacre eût tourné aussitôt à la boucherie, et étant donné surtout les rangs serrés de la foule qui n'avait que des poitrines et non des cuirasses à opposer aux balles.
Les officiers ne songèrent pas à cela. Ou, s'ils y songèrent, les soldats ne comprirent pas et n'exécutèrent pas l'ordre. La décharge fut générale sur toute la ligne. Et ce que la voix inconnue avait prédit se réalisa: ayant déchargé leurs arquebuses, les soldats durent recevoir le choc à l'arme blanche.