Lorsque la barrière tomba sous la poussée des hommes à la solde de Fausta, Pardaillan, sans hâte inutile, puisque le danger ne lui paraissait pas immédiat, se disposa à les suivre, tout en surveillant l'ancien maître d'armes du coin de l'oeil.
Bussi-Leclerc, voyant que Pardaillan se disposait à entrer dans la piste, fit rapidement quelques pas à sa rencontre, dans l'intention manifeste de lui barrer la route.
Il faut dire qu'il était suivi pas à pas par les soldats qui semblaient se guider sur lui, comme s'il eût été réellement leur chef.
En toute autre circonstance et en présence de tout autre, Pardaillan eût probablement continué son chemin sans hésitation, d'autant plus que les forces qui se présentaient à lui étaient assez considérables pour conseiller la prudence, même à Pardaillan.
Mais, en l'occurrence, il se trouvait en présence d'un ennemi à qui il avait infligé plusieurs défaites, qu'il savait être très douloureuses pour l'amour-propre du bretteur réputé.
Dans sa logique toute spéciale, Pardaillan estimait que cet ennemi avait, jusqu'à un certain point, le droit de chercher a prendre sa revanche et que lui, Pardaillan, n'avait pas le droit de lui refuser cette satisfaction.
Or, cet ennemi paraissait vouloir user de son droit puisqu'il lui criait d'un ton provocant:
—Hé! monsieur de Pardaillan, ne courez pas si fort. J'ai deux mots à vous dire.
Cela seul eût suffi à immobiliser le chevalier.
Mais il y avait une autre considération qui avait à elle seule plus d'importance encore que tout le reste: c'est que Bussi, manifestement animé de mauvaises intentions, se présentait à la tête d'une troupe d'une centaine de soldats. Se dérober dans de telles conditions lui apparaissait comme une fuite honteuse, comme une lâcheté—le mot était dans son esprit—dont il était incapable.