—Jean Leclerc, reprit la voix impitoyable de Pardaillan, la longue rapière qui vous bat les mollets est-elle aussi longue que celle que vous avez jetée vous-même lorsque vous tentâtes de m'assassiner?

Les bonnes résolutions de Bussi-Leclerc commençaient à chavirer sous les sarcasmes dont l'accablait celui qu'il eût voulu poignarder à l'instant même. Il tira la longue rapière dont on venait de lui parler, et, la faisant siffler, il hurla, les yeux hors de l'orbite:

—Misérable fanfaron!

Avec un suprême dédain, Pardaillan haussa les épaules et continua:

—Vous m'avez demandé, je crois, où je courais tout à l'heure... Ma foi, Jean Leclerc, je conviens que, si j'avais voulu vous attraper, quand vous avez fui devant mon épée, il m'aurait fallu, non pas courir, mais voler, plus rapide que le tourbillon! Et j'y songe, vous vous croyez un maître et vous l'êtes en effet: un maître fuyard!

Tout ceci n'empêchait pas Pardaillan de surveiller du coin de l'oeil le mouvement de troupes qui se dessinait autour de lui.

En effet, cependant que Bussi-Leclerc s'efforçait de faire bonne contenance sous les douloureux coups d'épingle que lui prodiguait Pardaillan, comme s'il n'était venu là que pour détourner son attention en excitant sa verve, les soldats, eux, prenaient position.

Il en sortait de partout. C'était à-se demander où ils s'étaient terrés jusque-là.

Pardaillan se trouvait dans le couloir circulaire, large de plus d'une toise. Il avait à sa gauche la barrière qui avait été jetée bas, en partie. Par-delà la barrière, c'était la piste. En face de lui, c'était le couloir qui tournait sans fin autour de la piste.

En allant par là, droit devant lui, il eût abouti à l'endroit réservé au populaire. Derrière lui, c'était toujours le même couloir, ayant en bordure les gradins occupés par les gens de noblesse. Enfin, à sa droite, il y avait un large couloir aboutissant à l'endroit où se dressaient les tentes des champions.