—Crève donc comme un chien! puisque tu le veux!...
En même temps, il levait le bras pour frapper.
Mais il était dit qu'il n'échapperait pas à son sort.
Aussi prompt que lui, Pardaillan, qui ne le perdait pas de vue, saisit son poignet d'une main et, de l'autre, la lame par le milieu. Et, tandis qu'il broyait le poignet dans un effort de ses muscles tendus comme des fils d'acier, d'un geste brusque, il arrachait l'arme aux doigts engourdis du spadassin.
Ceci fut rapide comme un éclair. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, les rôles se trouvèrent renversés, et c'était Pardaillan qui, maintenant, se dressait, l'épée à la main, devant Bussi désarmé.
Tout autre que le chevalier eût profité de l'inappréciable force que lui donnait cette arme conquise pour tenter de se tirer du guêpier ou, tout au moins, de vendre chèrement sa vie. Mais, Pardaillan, on le sait, n'avait pas les idées de tout le monde. Il avait décidé d'infliger à Bussi la leçon qu'il méritait, il s'était tracé une ligne de conduite sur ce point spécial, et il la suivait imperturbablement, sans se soucier du reste.
Se voyant désarmé une fois de plus, mais pas de la même manière que les fois précédentes, Bussi-Leclerc croisa ses bras sur sa poitrine et, retrouvant sa bravoure accoutumée, d'une voix qu'il s'efforçait de rendre railleuse, il grinça:
—Tue-moi! Tue-moi donc!
De la tête, furieusement, Pardaillan fit: non! et, d'une voix claironnante:
—Jean Leclerc, tonna-t-il, j'ai voulu t'amener à cette suprême lâcheté de tirer le fer contre un homme désarmé. Et tu y es venu, parce que tu as l'âme d'un faquin. Cette épée, avec laquelle tu menaçais de me souffleter, tu es indigne de la porter.