Fausta se taisait toujours.

Dans son attitude, rien de provoquant, rien du triomphe insolent qu'il s'attendait à trouver en elle, et, dans ses yeux, qu'il s'attendait à voir brillants d'une joie insultante, Pardaillan, déconcerté, ne lut qu'indécision et tristesse.

Il fallait que Fausta fût extraordinairement troublée pour s'oublier au point de laisser lire en partie ses impressions sur son visage, qui n'exprimait habituellement que les sentiments qu'il lui plaisait de montrer.

C'est que ce qui lui arrivait là dépassait toutes ses prévisions.

Sincèrement, elle avait cru que la haine, chez elle, avait tué l'amour. Et voici que, au moment où elle tenait enfin l'homme qu'elle croyait haïr, elle s'apercevait avec un effarement prodigieux que, ce qu'elle avait pris pour de la haine, c'était encore de l'amour. Et, dans son esprit éperdu, elle râlait:

«Je l'aime toujours! Ce que j'ai cru de la haine n'était que le dépit de me voir dédaignée... car il ne m'aime pas... il ne m'aimera jamais!... Et, maintenant que je l'ai livré moi-même, maintenant que j'ai préparé pour lui le plus effroyable des supplices, je m'aperçois que, s'il disait un mot, s'il m'adressait un sourire, moins encore: un regard qui ne soit pas indifférent, je poignarderais de mes mains ce grand inquisiteur qui me guette, et je mourrais avec lui, si je ne pouvais le délivrer. Que faire? Que faire?

Et, longtemps, elle resta ainsi, désemparée, reculant, pour la première fois de sa vie, devant la décision à prendre.

Peu à peu, son esprit s'apaisa, ses traits se durcirent. Elle recula de deux pas, comme pour marquer qu'elle l'abandonnait à son sort, et, d'une voix extrêmement douce, comme lointaine et voilée, elle dit seulement:

—Adieu, Pardaillan!

Et ce fut encore un étonnement chez lui, qui s'attendait à d'autres paroles.