La tête était la seule partie de son corps qu'il pouvait remuer à son aise, attendu qu'il n'avait pas été possible de l'enchaîner comme le reste. Pardaillan manifesta donc sa satisfaction par un imperceptible signe de tête, et il passa de ce pas lourd, lent et maladroit que lui imposaient ses entraves.
Il s'aperçut alors que le Chico, favorisé par l'exiguïté de sa taille, se faufilait parmi les soldats, d'ailleurs indifférents, s'attachait obstinément à ses pas et trouvait moyen de marcher à sa hauteur, comme s'il avait eu quelque chose à lui communiquer.
Il remarqua également que le nain serrait dans son poing crispé le manche de sa minuscule dague, et qu'il jetait sur les hommes de son escorte des regards chargés de colère qui les eussent infailliblement jetés bas s'ils avaient été des pistolets. Il ne put s'empêcher de penser, à part lui:
«Ah! le brave petit homme! Si sa force égalait sa bravoure et sa volonté, comme il chargerait ces soldats à qui l'on fait jouer un si triste rôle!»
Et il souriait doucement, chaudement réconforté par cette amitié sincère qui se manifestait en un moment si critique pour lui.
Cependant, il se trouvait maintenant devant la grande porte du couvent. Porte monumentale, massive, rébarbative, pesante, sournoise par les guichets visibles ou dissimulés, arrogante et menaçante par les clous et les innombrables serrures.
On dut attendre que les verrous énormes fussent tirés avec des grincements sinistres, que les serrures géantes fussent ouvertes à l'aide de clefs que le nain Chico eût eu bien de la peine à soulever. Il y eut forcément un temps d'arrêt assez long.
Le Chico profita de cet instant, qu'il avait peut-être prévu, pour se livrer à une mimique expressive que Pardaillan, qui ne le perdait pas de vue comprit aisément et qui eut la bonne fortune de passer inaperçue, les gardes du chevalier plaisantant et bavardant entre eux.
«Je viendrai ici tous les jours», disaient les gestes du petit homme.
Et les yeux de Pardaillan répondaient: