—Finis, les mirifiques festins, mon frère, fit le moine d'une voix pâteuse et infiniment triste. Finis... hélas!
—Ah! ah! fit Pardaillan, dont l'oeil pétilla. Mais, dites-moi, pourquoi cet «hélas!»... Vous vous intéressez donc à moi?...
Avec une franchise qui eût été du cynisme si elle n'eût été de l'inconscience, le moine répondit:
—Non, mon frère. Seulement, il paraît que vous avez commis je ne sais quelle faute, en punition de laquelle nos supérieurs ont décidé de vous priver de nourriture pendant quelque temps. Et, comme frère Bautista et moi avions droit aux restes de ces mirifiques repas, que nous regrettons plus que vous, croyez-le, il se trouve que la punition dont vous êtes frappé nous atteint autant, si ce n'est plus, que vous.
—Je comprends, fit Pardaillan avec un air de compassion. En sorte que vous vous êtes régalé des reliefs de mon succulent déjeuner?
—Sans doute!... Et il était même si succulent que notre regret de voir supprimer ces merveilles n'en est que plus cuisant... Tant de si bonnes choses perdues, pour nous, et dont se régalaient nos vénérables frères.
—Pourquoi vos frères et pas vous? Ceci ne me paraît pas juste!
—Mgr d'Espinosa tenait essentiellement à ce que vous fussiez traité magnifiquement et que vous fissiez honneur aux repas confectionnés à votre intention. Pour nous punir de vos refus obstinés, dont nous étions tenus pour responsables, on nous privait de ces merveilles culinaires, qui nous fussent revenues de droit, si vous aviez consenti à en goûter tant soit peu.
—Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit? Si vous m'aviez averti, je me fusse laissé faire, pour vous être agréable.
—Hélas! on l'avait prévu. Aussi nous avait-on formellement interdit de vous prévenir.