Le quatrième jour, au matin, ses gardiens lui apportèrent une boule de pain noir et un alcarazas rempli d'eau en lui recommandant de ménager ces maigres provisions, attendu qu'on ne lui en donnerait d'autres que dans deux jours.
C'est à peine s'il parut entendre ce qu'on lui disait. Il faut croire, cependant, qu'il avait entendu et compris, car, deux heures plus tard, le pain était diminué de moitié et l'alcarazas s'était vidé dans les mêmes proportions. Il faut croire aussi qu'il était surveillé de près, car, peu de temps après, les moines reparurent et le prièrent de les suivre.
Le maigre repas qu'il venait de faire lui avait rendu un peu de forces, car il se leva sans trop de difficultés. Mais, ce qui étonna les deux gardiens, c'est qu'il ne paraissait pas très bien comprendre ce qu'ils disaient.
Voyant cela, Bautista le prit par un bras, Zacarias par l'autre, et ils l'entraînèrent doucement. On lui fit traverser quelques couloirs et descendre deux étages. Une porte s'ouvrit, les moines le poussèrent, et il obéit docilement au geste et pénétra dans le nouveau local qui lui était assigné. Les moines posèrent par terre ce qui restait de pain et d'eau, qu'ils avaient eu la précaution d'emporter, et se retirèrent silencieusement. Bautista s'en fut tout droit chez le supérieur du couvent.
—Eh bien? fit laconiquement ce personnage.
—C'est fait, répondit non moins laconiquement le frère Bautista.
—Il n'a pas fait de difficultés?
—Aucune, révérendissime père. D'ailleurs, je ne sais si c'est l'effet du jeûne prolongé, mais il ne paraît pas avoir toute sa conscience. Ah! ce n'est plus le fringant cavalier qu'il était lorsqu'il est entré ici!
—Est-il réellement si bas? Faites attention, mon frère, que ceci est d'une importance capitale.
—Révérendissime père, je crois sincèrement que, si on le soumet encore quelques jours à un régime aussi dur, il perdra la raison... à moins qu'il ne tombe d'inanition.