LE PHILTRE DU MOINE
Or, Pardaillan n'était pas mort.
La machine à hacher était une sinistre comédie imaginée par Fausta, de concert avec d'Espinosa.
Fausta avait indiqué au grand inquisiteur un moyen qui, dans son infernale barbarie, lui avait paru le meilleur. Il l'avait adopté et perfectionné dans les détails. On serait venu lui en indiquer un autre qui lui eût paru supérieur, il aurait renoncé à celui de Fausta pour adopter celui-là.
Il poursuivait la mise à exécution de son plan avec une rigueur d'autant plus inexorable qu'elle était froidement raisonnée. Il agissait pour un principe—et c'est ce qui le faisait si terrible, si redoutable—non pour l'assouvissement d'une haine personnelle. Il n'avait pas menti lorsqu'il l'avait dit à Pardaillan.
Cette incroyable et abominable invention de la machine à hacher était donc destinée non à broyer le chevalier, mais à achever de porter l'épouvante dans son esprit déprimé par les tortures de la faim et de la soif.
Et cette épouvante, amenée à son paroxysme par une graduation dosée avec un art infernal, avait été initialement préparée par un stupéfiant, et en même temps devait compléter l'oeuvre dévastatrice de ce poison.
En conséquence, les premières faux apparues étaient réellement de bel et de bon acier; elles étaient parfaitement tranchantes et acérées. Mais, les hachoirs du bas, ceux que Pardaillan n'avait pu voir, attendu que, étendu à plat ventre sur le plancher, cramponné à la traverse, il leur tournait le dos, ces hachoirs du bas, sur lesquels, grâce à la déclivité du plancher, son corps devait rouler, étaient placés là comme un leurre et s'étaient repliés comme du caoutchouc sous le poids du corps qu'ils auraient dû hacher.
Pardaillan, lorsqu'il avait lâché prise, était à moitié évanoui. Lorsqu'il parvint, sans se faire du mal, au bas de la pente, il demeura étendu à terre, sans connaissance.
Longtemps, il resta ainsi privé de sentiment. Petit à petit, il revint à lui et jeta autour de lui un regard, sans vie.