Ces soldats laissaient passer sans difficultés tous ceux qui se rendaient à la course.
Alors, que faisaient-ils là?
Pardaillan voulut en avoir le coeur net, et, comme il avait encore, du temps devant lui, il fit le tour de cette place, par toutes les petites rues qui y aboutissaient.
Partout les mêmes dispositions étaient prises. C'était d'abord des soldats qui s'engouffraient dans des maisons où ils se tapissaient, invisibles. Puis d'autres compagnies occupaient le milieu de la rue. Puis, plus loin, des cavaliers, et, par-ci par-là, chose beaucoup plus grave, des canons.
Ainsi, un triple cordon de fer encerclait la place et il était évident que, lorsque ces troupes se mettraient en mouvement, il serait impossible à quiconque de passer, soit pour entrer, soit pour sortir.
Mais ce n'est pas tout. Il y avait encore autre chose. Pour un homme de guerre comme le chevalier, il n'y avait pas à s'y méprendre. Il lui semblait que, en même temps que cette manoeuvre, une contre-manoeuvre, exécutée par des troupes adverses, il en eût juré, se dessinait nettement, sous les yeux des troupes royales. En effet, en même temps que les soldats, des groupes circulaient, qui paraissaient obéir à un mot d'ordre. En apparence, c'était de paisibles citoyens qui voulaient, à toute force, apercevoir un coin de la course. Mais l'oeil exercé de Pardaillan reconnaissait facilement, en ces amateurs forcenés de corrida, des combattants.
Dès lors, tout fut clair pour lui. Il venait d'assister a la manoeuvre des troupes royales. Maintenant, il voyait la contre-manoeuvre des conjurés achetés par Fausta.
Cette foule de retardataires, parmi lesquels on ne voyait pas une femme, ce qui était significatif, occupaient les mêmes rues, occupées par les troupes royales. Sous couleur de voir le spectacle, des installations de fortune s'improvisaient à la hâte. Tréteaux, tables, escabeaux, caisses défoncées, charrettes renversées s'empilaient pêle-mêle, étaient instantanément occupés par des groupes de curieux.
Et Pardaillan se disait:
«De deux choses l'une: ou bien M. d'Espinosa a eu vent de la conspiration, et, s'il laisse les hommes de Fausta prendre si aisément position, c'est pour mieux les tenir qu'il leur réserve quelque joli coup de sa façon, dans lequel ils me paraissent donner tête baissée. Ou bien, il ne sait rien et, alors, ce sont ses troupes qui me paraissent bien exposées.»