Olalla! je sais que tu m'aime,
Sans que la bouche me l'ait dit:
Tes beaux yeux sont muets de même;
Mais tu m'aimes, et je sais que cela seul suffit.
On dit que d'un amour connu
Il faut toujours bien espérer,
Le souffrir c'est en être ému,
Et soi-même à la fin on se laisse attirer.
Aussi, de ton indifférence
Au lieu de me montrer chagrin,
Je sens naître quelque espérance,
Et vois briller l'amour à travers tes dédains.
C'est pourquoi mon cœur s'encourage,
Et j'en suis pour l'heure à tel point,
Que te trouvant tendre ou sauvage,
Mon amour ne peut croître, et ne s'affaiblit point.
Si l'amour est, comme je pense,
Et, comme on dit, une vertu,
Le mien me donne l'espérance
Que mon zèle à la fin ne sera pas perdu.
Olalla! crois, si je te presse,
Que c'est avec un bon dessein,
Et ne veux t'avoir pour maîtresse
Que lorsqu'avec mon cœur tu recevras ma main.
L'Église a des liens de soie,
Et son joug est doux et léger;
Tu verras avec quelle joie
Je courrai m'y soumettre en t'y voyant ranger.
Mais si je n'apprends de ta bouche
Que tu consens à mon dessein,
Je mourrai dans ce lieu farouche:
Je le jure, ou dans peu je serai capucin[32].
Il prit dans sa main une poignée de glands [(p. 43)].