Prendre l'air, répondit-il.

Et où prend-on l'air dans cette île? demanda Sancho.

Là où il souffle, seigneur, répondit le jeune homme.

C'est très-bien répondre, dit le gouverneur, et je vois que tu en sais long. Eh bien, mon ami, imagine-toi que c'est moi qui suis l'air, que je te souffle en poupe, et que je te pousse à la prison: holà, qu'on l'y mène à l'instant! Je saurai bien empêcher que tu dormes cette nuit en plein air.

Pardieu, seigneur, reprit-il, vous me ferez dormir en prison, tout comme je serai roi.

Et pourquoi donc ne te ferais-je pas dormir en prison, insolent? repartit Sancho; est-ce que je n'ai pas le pouvoir de t'y faire conduire, et de t'en tirer quand il me plaira.

Ma foi, vous auriez cent fois plus de pouvoir, que vous ne m'y feriez point dormir, répondit le jeune homme.

Comment, non! répliqua Sancho; qu'on le mène en prison sur-le-champ, afin qu'il apprenne à ses dépens si je suis le maître ou non; et si le geôlier le laisse échapper, je le condamne d'avance à deux mille ducats d'amende.

Plaisanterie que tout cela! Je défie tous les habitants de la terre de me faire dormir cette nuit en prison.

Es-tu le diable en personne, ou possèdes-tu quelque esprit familier pour t'ôter les menottes qu'on va te mettre? demanda Sancho avec colère.