— Oh! c'est bien vrai, continua Maritornes, et, en bonne foi de Dieu, j'ai grand plaisir aussi à écouter ces choses, qui sont fort jolies; surtout quand on raconte que l'autre dame est sous des orangers, embrassant son chevalier tout à l'aise, tandis qu'une duègne monte la garde, morte d'envie et pleine d'effroi. Je dis que tout cela est doux comme miel.
— Et à vous, que vous en semble, ma belle demoiselle? dit le curé, s'adressant à la fille de l'hôtesse.
— Sur mon âme, seigneur, je ne sais trop, répondit-elle; mais j'écoute comme les autres, et, bien que je ne comprenne guère, en vérité, je me divertis aussi d'entendre. Mais ce ne sont pas les coups dont mon père s'amuse tant, qui m'amusent, moi; ce sont les lamentations que font les chevaliers quand ils sont loin de leurs dames, et vraiment j'en pleure quelquefois de la pitié qu'ils me donnent.
— Ainsi, mademoiselle, reprit Dorothée, vous ne les laisseriez pas se lamenter longtemps, si c'était pour vous qu'ils fussent à pleurer?
— Je ne sais trop ce que je ferais, répondit la jeune fille; mais je sais bien qu'il y en a parmi ces dames de si cruelles, que leurs chevaliers les appellent tigres, panthères et autres immondices. Ah! Jésus! quelle espèce de gens est-ce donc, sans âme et sans conscience, qui, pour ne pas regarder un honnête homme, le laissent mourir ou devenir fou? Je ne sais pas pourquoi tant de façons; si elles font tout cela par sagesse, que ne se marient- elles avec eux, puisqu'ils ne demandent pas autre chose?
— Taisez-vous, petite fille, s'écria l'hôtesse; on dirait que vous en savez long sur ce sujet, et il ne convient pas à votre âge de tant savoir et de tant babiller.
— Puisque ce seigneur m'interrogeait, répondit-elle, il fallait bien lui répondre.
— Maintenant, dit le curé, apportez-moi ces livres, seigneur hôtelier, je voudrais les voir.
— Très-volontiers,» répliqua celui-ci; et, passant dans sa chambre, il en rapporta une vieille malle fermée d'un cadenas, qu'il ouvrit, et de laquelle il tira trois gros volumes, avec quelques papiers écrits à la main d'une belle écriture.
Le curé prit les volumes, et vit en les ouvrant que le premier était _Don Cirongilio de Thrace__[181]_, l'autre, _Félix-Mars d'Hyrcanie__[182]_, et le troisième, l'_Histoire du grand capitaine Gonzalve de Cordoue__[183]__, _avec la _Vie de Diégo Garcia de Parédès. _Après avoir lu le titre des deux premiers ouvrages, le curé se tourna vers le barbier: