— Cela peut bien être, madame, répondis-je; mais je proteste que j'ai dit à mon maître la vérité, que je la dis et la dirai à toutes les personnes que je rencontre en ce monde.

— Et quand t'en vas-tu? demanda Zoraïde.

— Demain, à ce que je crois, lui dis-je. Il y a ici un vaisseau de France qui met demain à la voile, et je pense partir avec lui.

— Ne vaudrait-il pas mieux, répliqua Zoraïde, attendre qu'il arrivât des vaisseaux d'Espagne pour t'en aller avec eux, plutôt qu'avec des Français, qui ne sont pas vos amis?

— Non, répondis-je; si toutefois il y avait des nouvelles certaines qu'un bâtiment arrive d'Espagne, je me déciderais à l'attendre; mais il est plus sûr de m'en aller dès demain: car le désir que j'ai de me voir en mon pays, auprès des personnes que j'aime, est si fort, qu'il ne me laissera pas attendre une autre occasion, pour peu qu'elle tarde, quelque bonne qu'elle puisse être.

— Tu dois sans doute être marié dans ton pays? demanda Zoraïde; et c'est pour cela que tu désires tant aller revoir ta femme.

— Non, répondis-je, je ne suis pas marié: mais j'ai donné ma parole de me marier en arrivant.

— Est-elle belle, la dame à qui tu l'as donnée? demanda Zoraïde.

— Si belle, répliquai-je, que, pour la louer dignement et te dire la vérité, j'affirme qu'elle te ressemble beaucoup.»

À ces mots, le père de Zoraïde se mit à rire de bon coeur, et me dit: «Par Allah, chrétien, elle doit être bien belle, en effet, si elle ressemble à ma fille, qui est la plus belle personne de tout ce royaume; si tu en doutes, regarde-la bien, et tu verras que je t'ai dit la vérité.»