Et, sans se faire prier davantage, il s'assit sur une souche de chêne, accorda sa viole, et, un moment après, chanta de fort bonne grâce les couplets suivants:

«Je sais, Olalla, que tu m'adores, bien que tu ne m'en aies rien dit, même avec les yeux, ces langues muettes des amours.

Parce que je sais que tu m'as compris, je me persuade que tu m'aimes, car jamais l'amour qui fut connu n'est resté malheureux.

Il est vrai que maintes fois, Olalla, tu m'as fait croire que tu as l'âme de bronze, et que ton sein blanc couvre un coeur de rocher.

Mais, à travers l'honnêteté de tes refus et de tes reproches, l'espérance laisse peut-être voir le pan de sa robe.

Ma foi se jette sur l'amorce, n'ayant jamais eu de motif, ni de diminuer parce que j'étais refusé, ni de grandir parce que j'étais choisi.

Si l'amour est courtoisie, de celle que tu montres je conclus que la fin de mes espérances sera telle que je l'imagine.

Et si de bons offices sont capables d'adoucir un coeur, ceux que j'ai pu te rendre fortifient mon espoir.

Car, pour peu que tu aies pris garde, tu auras vu plus d'une fois que je me suis vêtu le lundi de ce qui me faisait honneur le dimanche.

Comme l'amour et la parure suivent toujours le même chemin, en tout temps à tes yeux j'ai voulu me montrer galant.