Pendant le cours de ces propos, il s'évanouissait de telle sorte que tous les assistants pensaient qu'à chaque défaillance il allait rendre l'âme. Quitéria, toute honteuse et les yeux baissés, prenant dans sa main droite celle de Basile, lui répondit:

«Aucune violence ne serait capable de forcer ma volonté. C'est donc de mon libre mouvement que je te donne ma main de légitime épouse, et que je reçois celle que tu me donnes de ton libre arbitre, que ne trouble ni n'altère en rien la catastrophe où t'a jeté ton désespoir irréfléchi.

— Oui, je te la donne, reprit Basile, sans trouble, sans altération, avec l'intelligence aussi claire que le ciel ait bien voulu me l'accorder; ainsi, je me donne et me livre pour ton époux.

— Et moi pour ton épouse, repartit Quitéria, soit que tu vives de longues années, soit qu'on te porte de mes bras à la sépulture.

— Pour être si grièvement blessé, dit en ce moment Sancho, ce garçon-là jase beaucoup; qu'on le fasse donc cesser toutes ces galanteries et qu'il pense à son âme, car m'est avis qu'il l'a plutôt sur la langue qu'entre les dents.»

Tandis que Basile et Quitéria se tenaient ainsi la main dans la main, le curé, attendri et les larmes aux yeux, leur donna la bénédiction nuptiale, et pria le ciel d'accorder une heureuse demeure à l'âme du nouveau marié. Mais celui-ci n'eut pas plutôt reçu la bénédiction, qu'il se leva légèrement tout debout, et, avec une vivacité inouïe, il tira la dague à laquelle son corps servait de fourreau. Les assistants furent frappés de surprise, et quelques-uns, plus simples que curieux, commencèrent à crier:

«Miracle! miracle!

— Non, ce n'est pas miracle qu'il faut crier, répliqua Basile, mais adresse, adresse!»

Le curé, stupéfait, hors de lui, accourut tâter la blessure avec les deux mains. Il trouva que la lame n'avait point passé à travers la chair et les côtes de Basile, mais par un conduit de fer creux qu'il s'était arrangé sur le flanc, plein, comme on le sut depuis, de sang préparé pour ne pas se congeler. Finalement, le curé et Camache, ainsi que la plupart des spectateurs, se tinrent pour joués et bafoués. Quant à l'épousée, elle ne parut point fâchée de la plaisanterie; au contraire, entendant quelqu'un dire que ce mariage n'était pas valide, comme entaché de fraude, elle s'écria qu'elle le ratifiait de nouveau, d'où tout le monde conclut que c'était du consentement et à la connaissance de tous deux que l'aventure avait été concertée. Camache et ses partisans s'en montrèrent si fort courroucés qu'ils voulurent sur-le-champ tirer vengeance de cet affront, et, plusieurs d'entre eux mettant l'épée à la main, ils fondirent sur Basile, en faveur de qui d'autres épées furent tirées aussitôt. Pour don Quichotte, prenant l'avant-garde avec son cheval, la lance en arrêt et bien couvert de son écu, il se faisait faire place par tout le monde. Sancho, que n'avaient jamais diverti semblables fêtes, courut se réfugier auprès des marmites dont il avait tiré son agréable écume, cet asile lui semblant un sanctuaire qui devait être respecté.

Don Quichotte criait à haute voix: