Madame de Simiane était à la fin de son menuet, quand le claquement d'un fouet de poste retentit à son oreille: ce bruit lui causa une agitation affreuse; elle sentit ses genoux fléchir, se hâta, en tremblant, d'achever sa danse, et, saisie d'effroi, suivit M. de Simiane, qu'elle venait de voir s'échapper du sallon.

Elle le rejoignit au moment où il faisait entrer dans son cabinet un domestique de confiance de M. de Crécy, dont tous les traits offraient l'empreinte de la plus profonde douleur. O mon dieu! mon dieu! s'écria-t-elle, il est arrivé quelque funeste événement. Où est mon père, poursuivit-elle d'une voix étouffée et sombre? ne me trompez pas: dites, où est mon père?—Il n'a pu venir, il s'est trouvé mal, très-mal.—Ciel! l'aurais-je perdu!—Le domestique frémit, et se tait. Madame de Simiane s'évanouit.

On s'empresse de la porter sur un ottomane. Rosine, sa femme-de-chambre favorite, accourt: elle frotte d'alcali les tempes de sa maîtresse, lui glisse quelques gouttes d'éther dans la bouche. Inutiles secours! madame de Simiane ne reprend point l'usage de ses sens.

Le médecin est appelé; il déclare qu'elle est dans un danger imminent, ordonne qu'on lui saigne sur-le-champ au pied, et qu'on s'abstienne surtout de faire le moindre bruit autour d'elle.


L'assemblée se retire, consternée de ce terrible événement. M. de Simiane prie le docteur de veiller cette nuit la marquise; il y consent: à cinq heures du matin une crise favorable s'opère, Anaïs est sauvée.


Son premier soin, en reprenant connaissance, fut de prier le marquis d'aller rejoindre sa mère. Je vous en conjure, dit-elle, partez de suite; s'il en est temps encore, sauvez-la du désespoir, l'infortunée! vous ne savez pas, vous ne saurez jamais tout ce qu'elle a perdu.

M. de Simiane se rendit en diligence au château de la comtesse, pour y remplir l'office douloureux qui lui était confié. Anaïs défendit l'entrée de sa chambre à tout le monde; la seule Rosine obtint la permission de lui prodiguer des secours. Cette bonne fille devinait les besoins de sa maîtresse; elle apportait, à la servir, un zèle infatigable, et n'interrompait le lugubre silence qui régnait autour d'elle, que par ses sanglots.