Arrivée devant la boutique du fruitier, elle descendit lentement de son siége et entra, ce qui n'était pas sa coutume.
— Vous êtes bien matinale aujourd'hui, madame Nanette, dit le fruitier en venant au devant d'elle.
— J'ai à vous parler, répondit brusquement la laitière. Vous savez, ces petits enfants que j'ai ramenés hier matin?…
— Oui, après?
— Connaissez-vous leur adresse?
— Non… et pourtant ils me l'ont dite. Attendez, n'était-ce pas?… Je ne puis me rappeler la rue, mais c'était près d'ici. Avez-vous absolument besoin de cette adresse?
— Oui, il me la faut tout de suite; ces malheureux enfants ont volé, la petite fille au moins, car le petit garçon est bien jeune. Cela paraît certain.
— Que vous avais-je dit? s'écria le fruitier d'un air triomphant. Ces enfants-là, c'est de la canaille, de la canaille en herbe, j'ai vu ça tout de suite. Qu'est-ce qu'ils ont pris?
— La jeune fille qui les a reçus pour passer la nuit avait au cou une croix en or qu'ils ont beaucoup admirée. Elle ne l'a pas retrouvée après qu'ils étaient partis. Elle a cherché partout.
— Ca ne demandait pas beaucoup de réflexion pour savoir que la petite drôlesse l'avait emportée; c'est futé comme des renards, ces petits va-nu-pieds. Je l'ai bien su voir tout de suite, que ce n'était rien de bon.