— Oui, par ceux qui écoutent aux portes, répondit madame Perlet qui savait bien à qui elle avait affaire.
— Dites-moi ce qui en est, continua la voisine qui fit semblant de ne pas entendre afin de ne pas être obligée de se fâcher, et de ne pas perdre ainsi sa chance de savoir tous les détails de l'histoire.
— Il n'y a rien à dire. On s'était trompé, voilà tout.
— Vraiment? Cette dame a été convaincue?.. Elle avait l'air de bien mauvaise humeur en s'en allant.
— Ca m'est égal, qu'elle soit convaincue ou non, mon mari sait bien ce qui en est.
— Vraiment? On l'accuse donc d'un vol, cette petite?
— Puisque vous le savez, vous n'avez pas besoin de me questionner!
— Voyons, madame Perlet, vous feriez mieux de me dire tout, parce que, vous savez, on exagère… Il faut que je puisse raconter la vérité vraie.
Madame Perlet se rendit à ce raisonnement, et une demi-heure après l'histoire de Petite mère, de sa pièce d'or et de l'accusation portée contre elle, courait le voisinage. Bien peu doutaient qu'elle fût coupable: on aime mieux être crédule au mal qu'au bien, et puis il faut le reconnaître, les apparences étaient contre elle. On mettait bien une sorte de charité à dire en hochant la tête: Pauvre petite, c'est si jeune et ça n'a pas de mère. Ce n'est pas étonnant qu'elle tourne mal, mais faut-il qu'elle soit rusée pour avoir inventé une pareille histoire!…
Les enfants de la maison furent mis au courant lorsqu'ils revinrent de l'école, et je ne jurerais pas que quelques-uns d'entre eux n'aient pas envié à Petite mère son habileté à se procurer des pièces d'or, mais ils n'en étaient pas moins remplis d'une vertueuse indignation et ils se promirent de la lui faire sentir par tous les moyens en leur pouvoir.