— Qu'est-ce que deviendrait Charlot si j'allais être malade? se demanda-t-elle.
Mais elle ne s'appesantit pas sur cette pensée, et vers le matin elle dormit un peu.
XVI
On était au dimanche matin. Petite mère s'était levée, faible et brisée par sa mauvaise nuit, mais elle n'avait plus la fièvre et se croyait guérie. Elle fit son service auprès de madame Charles qui allait de mieux en mieux, alla chercher le lait de sa majesté fourrée, et en le rapportant dut s'asseoir trois fois dans l'escalier tant elle se sentait lasse. Personne ne s'aperçut qu'elle avait une petite figure pâle et étirée, qu'elle ne mangeait pas, qu'elle se traînait avec peine. Elle ne s'en étonna pas. Pauvre enfant sans mère, depuis longtemps elle ne savait plus ce que c'est que d'être l'objet d'une tendre sollicitude!
Il fallait faire la toilette de Charlot pour aller à l'hôpital, et le petit rebelle avait coutume de transformer cette cérémonie en une véritable épreuve pour la patience de sa soeur. Ce jour-là il fut particulièrement indocile, Petite mère, trop lasse pour lutter avec lui, s'assit sur le bord du lit et se mit à pleurer.
Charlot la regarda un peu surpris et presque repentant de l'avoir mise dans cet état, car il savait bien que Petite mère ne pleurait pas pour peu de chose.
— Voilà le quart qui sonne et tu n'es pas encore prêt, Charlot. Nous arriverons trop tard. Si le père est mieux il doit nous attendre.
— Mais s'il n'est pas mieux? dit Charlot. Ecoute! moi je ne veux pas le voir s'il est encore comme l'autre jour, ça me fait peur.
— Je suis bien sûre qu'il sera mieux, mon Charlot. Il nous reconnaîtra, il nous parlera peut-être. Oh! dépêchons-nous! Je voudrais déjà y être.
Et, ranimée par cette espérance, elle se leva, acheva la toilette du petit garçon qui ne résistait plus, et tous deux s'en allèrent la main dans la main, comme nous les avons vus tant de fois.