— J'ai tiré la queue au chat de la grosse dame, répondit Charlot d'un air sombre.

— Au gros Charlot!… Eh bien, tu as du toupet, mon gars. Si la grosse dame t'a bien grondé, tu n'as eu que ce que tu méritais. Puisque ces pauvres bêtes ont confiance en nous et viennent demeurer dans nos maisons, c'est très mal de les faire souffrir.

— Mais il m'a griffé, dit le petit garçon en regardant sa main.

— Il a bien fait. Que je t'attrape à tirer la queue au mien!… tu n'auras pas envie de recommencer. Je ne dis pas qu'on doive vivre pour une bête comme madame Charles pour son Charlot, mais… Tiens, la voilà justement… quand on parle du loup…

La grosse dame du quatrième parut en effet sur le pas de la porte.

— Madame Perlet, dit-elle, vous n'avez pas une goutte de lait de trop, aujourd'hui? je vous la rendrai demain. J'ai eu un malheur, j'ai renversé mon pot à lait, c'est la première fois que ça m'arrive.

— Du lait de trop!… A quoi pensez-vous, madame Charles?…Demandez-moi plutôt si j'en ai eu assez. Il n'y en a plus qu'une goutte pour notre petit chat; vous savez qu'il ne prend que ça.

— Alors il faut en aller chercher chez la fruitière, et voyez, la rue est un vrai ruisseau et je n'ai que mes pantoufles… Que faire? Remonter mes quatre étages, c'est tuant pour moi qui n'ai pas de souffle.

En entendant ces paroles, Petite mère s'était levée et se tenait timidement debout, le chat dans ses bras.

— Je pourrais y aller, dit-elle, voyant que son offre muette n'était pas comprise.