— Aussi je lui en achète d'autre…
— Ecoutez, madame Charles, je ne vous comprends pas… les enfants sont des enfants, et les chats sont des chats…
— Je ne dis pas non, tout au contraire, mais j'aime mieux les chats.
— C'est bien ce que je vous reproche, riposta la concierge avec animation. Vous nourrissez votre chat comme on nourrirait un chrétien, au lieu de le laisser chercher sa vie sous les toits et dans les caves. Vous en faites un propre à rien… Ce n'est cependant pas pour dormir sur un duvet que le bon Dieu l'a créé. Et avec ça vous refusez une goutte de lait à ces pauvres petits abandonnés!… Ca n'est pas beau, madame Charles, aussi le bon Dieu vous a punie en vous faisant renverser votre lait.
— Ecoutez, madame Perlet, je ne vous ai pas demandé de me faire la morale, dit la grosse dame en colère. Je vous prie de me laisser agir comme je l'entends.
Elle se détourna majestueusement et se trouva en face de Petite mère qui lui présentait la tasse pleine.
— Je suis sûre que tu en as versé la moitié, dit-elle aigrement en la prenant.
— Oh! non, madame, je vous assure…
Madame Charles ne répondit rien, ne dit même pas merci, et en passant par la porte un peu étroite de la loge elle se heurta de telle manière que la moitié du lait de son chat tomba sur la première marche de l'escalier.