— Allons, ne perdons pas courage. On nous renvoie parce que nous avons trop d'enfants: tu ne voudrais pourtant pas en avoir moins, la mère?…
— Si c'est pour les voir mourir de faim…
— Voyons, voyons!… il ne s'agit pas encore de mourir de faim. Nous avons des bras, des jambes, du courage, et le bon Dieu n'abandonne pas ceux qui s'aident eux-mêmes.
— Je ne sais pas, répliqua la pauvre femme d'un ton lugubre. Il me semble qu'il nous abandonne bien au jour d'aujourd'hui.
— Papa! cria Ernest, qui commençait à se remettre de sa consternation, je n'irai plus à l'école, je travaillerai avec toi…
— Nous verrons, mon garçon. Tu iras, en tout cas, encore jusqu'à la fin de l'année, et tu tâcheras d'en bien profiter.
— Et moi?… dit le troisième, en sortant de dessous la table.
— Oh! toi, tu vas commencer par ne plus te cacher sous les tables; après, nous verrons…
— Si, au moins, il y avait de l'ouvrage!… reprit madame Perlet un peu consolée par le calme de son mari.
— Il y en aura… il y en aura… Allons! ne te tourmente pas, ma brave femme. Tu es une vaillante, toi, et tu trouveras toujours quelque chose à faire.