Un peu avant une heure, madame Perlet vint appeler les enfants. Elle avait fait un brin de toilette; pour une visite à l'hôpital il faut un peu de cérémonie. Aussi, n'ayant qu'un châle assez chaud pour se parer, la bonne dame s'était persuadée qu'il faisait un peu frais et elle était déjà tout en sueur rien que pour avoir monté l'escalier. Elle examina les enfants d'un oeil critique, et demanda à Petite mère s'ils n'avaient pas de meilleures chaussures. Hélas! la course de la veille avait achevé de mettre en lambeaux les vieux souliers qu'ils avaient aux pieds. Elle les fit entrer dans la loge, leur donna un morceau de pain — non sans soupirer, car elle savait que le lendemain il faudrait commencer à le prendre à crédit — puis elle leur mit à chacun un tablier propre de ses enfants et ils partirent.

L'hôpital n'était pas bien loin. Petite mère reconnut celui quelle avait vu en se promenant avec son père; c'était la même longue façade, la même entrée. Il lui sembla entendre encore ces mots: Y en a-t-il là dedans, des malheureux! — Et c'était son père qu'elle allait y chercher!… Madame Perlet sentit la petite main trembler dans la sienne.

On les laissa passer sans même les fouiller, comme on fait aux portes des hôpitaux; il était bien visible qu'ils n'apportaient rien. La concierge leur demanda pourtant:

— Voulez-vous acheter des oranges, des biscuits?

Madame Perlet s'arrêta et, touchant une orange, la plus petite:
Combien? demanda-t-elle.

— Quinze centimes, fut la réponse.

Elle n'en avait que dix dans sa poche.

— Vous n'en avez pas de moins chères? demanda l'acheteuse. J'en voudrais une de dix centimes.

— Dix centimes, en mai!… allons donc! vous vous moquez.

Et les trois visiteurs se hâtèrent de passer. On leur fit traverser une cour, puis suivre plusieurs couloirs, puis monter un étage. Enfin ils arrivèrent à la porte de la salle où était le blessé. Madame Perlet ne savait pas son numéro; elle marchait entre les deux rangées de lits, regardant à droite et à gauche, et ne voyant que des figures inconnues.