Charlot finit par s'endormir sur les genoux de sa soeur. Lorsque la soeur vint les avertir qu'il était temps de partir, elle les trouva ainsi.
Petite mère était bien triste de devoir s'éloigner de son père; mais elle comprit qu'il fallait se soumettre comme tout le monde. Autour d'elle, les visiteurs et les malades échangeaient leurs adieux: les uns se retournant pour faire un dernier signe, les autres les suivant des yeux jusqu'à ce qu'ils eussent disparu. Quelques-uns de ces derniers se demandaient sans doute si leurs amis les retrouveraient au jour de la prochaine visite; d'autres se consolaient en regardant ou en savourant les petites douceurs qu'on leur avait laissées: une orange, un pot de confiture, quelquefois une fleur. Et dans cette grande salle, où se trouvaient réunies tant de souffrances, il y avait aussi des joies, des attendrissements, des sentiments d'une inexprimable douceur. Plus d'une pauvre femme avait apporté à son mari un petit cadeau acheté au prix d'une dure privation, et tous deux étaient heureux, l'un de son sacrifice, l'autre de se sentir aimé.
Le malade à qui Petite mère avait donné à boire était presque le seul qui n'eût pas eu de visite. En passant près de lui, elle le regarda; elle aurait voulu lui rendre encore un petit service, mais il s'était assoupi et ne la vit pas.
La soeur, qui s'était prise d'affection pour les deux enfants, les accompagna jusqu'au haut de l'escalier. Là, elle se baissa pour embrasser Charlot en disant:
— Tu pourras revenir dimanche; mais il faudra encore être bien sage, tu sais?…
— Est-ce qu'il sera mieux dimanche? demanda Petite mère.
— Dieu seul le sait, ma fille. Il faut le lui demander.
— Mais nous ne savons pas où il est, dit Charlot.
— Comment! s'écria la bonne soeur, confondue de cette ignorance, tu ne sais pas où est le bon Dieu?…
— Non. Je ne l'ai jamais vu…