Oui, mais à lui elle doit plaire; pour lui elle est séduisante, ainsi!
Quel délire! quelle fièvre! elle parle, il l'écoute.
—Que je l'aime! dit-elle d'une voix étouffée, qu'il est charmant! qu'il est beau! oh! mon Dieu! comme je l'aime!
Elle est folle... mais il la trouve sublime dans sa démence, lui!—Il la contemple, il l'adore.
Tout à coup il la voit sourire; puis, gracieuse comme une enfant, rassembler dans ses mains ses longs et noirs cheveux; elle les regarde, elle se rappelle comme il les a baisés; et folle, elle les baise et les admire. Elle admire ses bras, ses belles et blanches mains; elle se souvient de ce qu'il a dit en les caressant; elle se répète ces paroles si tendres, ces voluptueuses flatteries qui l'enivraient; elle se réjouit d'être belle, elle s'enorgueillit d'elle-même, elle s'aime comme un souvenir.
Une pensée la fait rougir, une autre l'attendrit, elle pleure; puis la joie plus vive revient. Elle l'appelle, lui qu'elle aime, elle dit son nom avec ivresse, elle lui révèle toute sa passion; et pâle, tremblante, vaincue par une émotion si nouvelle, elle tombe à genoux, épuisée, fondant en larmes et souriant d'amour.
Et lui est là... immobile... enivré; il est là qui la regarde aimer!
Longtemps il a respecté son délire, pour mieux surprendre tant d'amour: mais bientôt cet amour l'entraîne; Malvina est si belle à genoux!—Son courage l'abandonne; il va s'élancer auprès d'elle, la soutenir dans ses bras, la serrer sur son cœur...—Adieu ses serments! adieu le mystère de la canne merveilleuse!—Monsieur de Balzac, vous serez trahi; Malvina va savoir par quel prodige Tancrède l'a suivie, votre secret sera dévoilé... Monsieur de Balzac, tremblez donc!...—mais non, vous êtes l'auteur de la Physiologie du Mariage, et vous conserverez tous vos droits.
Comme Tancrède, emporté par sa tendresse, allait révéler sa présence, des pas traînants se firent entendre dans le corridor.
Malvina se lève... elle écoute; la clef tourne dans la serrure; la porte de sa chambre s'ouvre... M. Thélissier, vêtu d'une robe de chambre à ramages, coiffé d'un bonnet de soie noire et tenant une veilleuse à la main, entre dans l'appartement de sa femme.