Elle embrassa sa mère plus tendrement que jamais, et s'éloigna.
Elle marchait pensive et lentement; mais, en entrant dans sa chambre, quelle fut sa surprise, son effroi, en apercevant Tancrède assis devant son bureau! Il avait l'air parfaitement tranquille; il était établi là comme un frère qui attend sa sœur, un mari qui attend sa femme.
Le premier mouvement de Clarisse fut de s'enfuir et de retourner auprès de sa mère; mais un regard de Tancrède la retint.
—Ne craignez rien, dit-il d'un ton doucement respectueux; venez, Clarisse, j'ai à vous parler.
Clarisse restait immobile.
—Venez donc, enfant, avez-vous peur de moi? depuis le temps que je viens ici tous les jours, vous devriez avoir plus de confiance; pourquoi cette crainte? je ne la mérite pas.
L'accent de reproche dont Tancrède dit ces mots affligea la jeune fille. Elle fit quelques pas vers lui, puis elle s'arrêta.
Tancrède fut blessé de tant de défiance.
—Vous ne me comprenez pas, dit-il avec tristesse. Adieu!
Et il prit la canne de sa main gauche.