Tancrède les admire d'abord, puis, préoccupé de la fuite de M. de Balzac, il regarde de nouveau du côté de sa loge.
Ô surprise! M. de Balzac est assis à sa place... il est là avec sa canne, comme s'il y avait toujours été. Tancrède croit avoir le délire.
Mesdemoiselles Essler dansent, puis elles s'envolent, leur pas est fini.
Ô merveille! M. de Balzac n'est plus là... s'est-il donc envolé avec elles?
Tancrède est de plus en plus intrigué.
D'abord il s'agite, il s'émeut, tout son être frissonne comme à l'approche d'un grand événement; ensuite il s'arme de résolution, il se pose en face de la loge où était naguère M. de Balzac, et là il reste immobile, en arrêt devant le mystère pour le forcer à se révéler. Il regarde, il épie, il observe, il fait passer toute la force de son âme en ses regards. Ah! quand un homme s'acharne de la sorte à un secret, il faut bien qu'il finisse par le posséder.
—Où est en ce moment M. de Balzac? il n'est point sorti de sa loge, il y est, je ne le vois pas. Qu'est-ce à dire? personne n'est sorti de cette loge, la porte est, tout le temps, restée fermée, et pourtant un homme en a disparu!... S'il est parti, par où est-il sorti? S'il est là, pourquoi ne le voit-on plus? Il est donc invisible... Invisible!...
Ce mot replongea Tancrède dans ses rêveries.
Que je voudrais être invisible!... Ah! si j'étais invisible!...
Gigès avait un anneau qui le rendait invisible... Robert le Diable a aussi un rameau qui le rend invisible. Ah! si j'avais ce rameau!... Dans la fable, dans toutes les poésies, les anciens, les Arabes, ont imaginé des objets qui rendaient invisible...