Nous l'allons montrer tout à l'heure.

Quelqu'un a dit quelque part: Quelle est la chose désagréable que tout le monde désire? Ce quelqu'un s'est répondu à lui-même: «C'est la vieillesse. «Nous disons, nous: Quel est le fléau que chacun envie?—et nous nous répondons à nous-mêmes: C'est la beauté. Mais par la beauté nous entendons la véritable beauté, la beauté parfaite, la beauté antique, la beauté funeste. Ce qu'on appelle un bel homme n'est pas un homme beau. Le premier échappe à la fatalité; il a mille conditions de bonheur. D'abord, il est presque toujours bête et content de lui; ensuite, on a créé des états exprès pour sa beauté. Être bel homme est un métier.

Le bel homme proprement dit peut être heureux—comme chasseur, avec un uniforme vert et un plumet sur la tête.

Il peut être heureux—comme maître d'armes, et trouver mille jouissances ineffables d'orgueil dans la noblesse de ses poses.

Il peut être heureux—comme coiffeur.

Il peut être heureux—comme tambour-major. Oh! alors, il est fort heureux.

Il peut encore être heureux—comme général de l'Empire au théâtre de Franconi, et représenter le roi Joachim Murat avec délices.

Il peut être enfin heureux—comme modèle dans les ateliers les plus célèbres, prendre sa part des succès que nos grands maîtres lui doivent, et légitimer, pour ainsi dire, les dons qu'il a reçus de la nature en les consacrant aux beaux-arts.

Le bel homme peut supporter la vie, le bel homme peut rêver le bonheur.

Mais l'homme beau, l'homme Antinoüs, l'Amour grec, l'homme idéal, l'homme au front pur, aux lignes correctes, au profil antique, l'homme jeune et parfaitement beau, angéliquement beau, fatalement beau, doit traîner sur la terre une existence misérable, entre les pères prudents, les maris épouvantés qui le proscrivent, et, ce qui est bien plus terrible encore, les nobles et vieilles Anglaises qui courent après lui.