L'autre côté est plus tranquille, se dit-il.
Et il s'avança vers le Café de Paris.
En effet, peu de personnes se promenaient sur ce boulevard; ce n'était pas encore la saison où il est impraticable. Quelques femmes çà et là allaient regarder les étoffes étalées aux Chinois et au Sauvage, étudiaient les bijoux nouveaux chez Boulet. Deux ou trois députés, arrêtés par une rencontre, échangeaient quelques nouvelles. Du reste, ce boulevard était presque désert.
Le gros monsieur s'y pavanait; mais tout à coup sortit de la rue du Helder une petite blanchisseuse tortue et boiteuse, portant un énorme panier pendu à son bras, et traînant, d'un pas indécis, elle et sa charge péniblement. Le monsieur la vit venir à lui.
—C'est pitié, pensa-t-il, que de charger ainsi de ce fardeau cette chétive créature.
Et il se détourna pour lui laisser plus d'espace; mais la petite blanchisseuse, vacillant dans sa marche, fatiguée de son fardeau, le changea de bras, et entraînée par sa pesanteur, s'en alla tomber, par un détour, sur le prudent promeneur, en frôlant avec son panier, de toute la force de sa faiblesse, les jambes du monsieur, qui poussa un cri de surprise et de fureur.
—Prenez donc garde, mademoiselle! ne pouvez-vous m'éviter? En vérité, vous me feriez croire que je suis un ciron imperceptible...
—Ce panier est trop lourd, dit la petite blanchisseuse, sans voir le monsieur.
Et elle continua son chemin.
—Je ne suis pas chanceux aujourd'hui, pensa l'homme invisible. L'un me heurte au milieu du corps; l'autre me fend la tête; celle-ci me prend aux jambes; en vérité, j'ai du malheur. Aussi quand on n'a pas l'usage de ses deux bras, on est tout désorganisé.