Est-il encore cheux toi tout nu, Piarrot ?
- Pierrot -
Nannain, ils l'avont r'habillé tout devant nous. Mon Guieu, je n'en avais jamais vu s'habiller. Que d'histoires et d'engingorniaux (5) boutont ces messieux-là les courtisans ! je me pardrais là dedans pour moi ; et j'étais tout ébobi de voir ça. Quien, Charlotte, ils avont des cheveux qui ne tenont point à leu tête ; et ils boutont ça après tout, comme un gros bonnet de filasse. Ils ant des chemises qui ant des manches où j'entrerions tout brandis, toi et moi. En glieu d'haut-de-chausse, ils portont un garde-robe (6) aussi large que d'ici à Pâques ; en glieu de pourpoint, de petites brassières qui ne leu venont pas jusqu'au brichet (7) ; et, en glieu de rabat, un grand mouchoir de cou à réziau aveuc quatre grosses houpes de linge qui leu pendont sur l'estomaque. Ils avont itou d'autres petits rabats au bout des bras, et de grands en tonnois de passement aux jambes, et, parmi tout ça, tant de rubans, tant de rubans, que c'est une vraie piquié. Ignia pas jusqu'aux souliers qui n'en soyont farcis tout depis un bout jusqu'à l'autre ; et ils sont faits d'une façon que je me romprais le cou aveuc.
- Charlotte -
Par ma fi, Piarrot, il faut que j'aille voir un peu ça.
- Pierrot -
Oh ! acoute un peu auparavant, Charlotte. J'ai queuque autre chose à te dire, moi.
- Charlotte -
Et bian ! dis, qu'est-ce que c'est ?
- Pierrot -