Et vous pouvez, cruelle que vous êtes, oublier de la sorte l'amour que j'ai pour vous, et les obligeantes paroles que vous m'aviez données ?
- Dorimène -
Moi ? point du tout. Je vous considère toujours de même, et ce mariage ne doit point vous inquiéter ; c'est un homme que je n'épouse point par amour, et sa seule richesse me fait résoudre à l'accepter. Je n'ai point de bien, vous n'en avez point aussi, et vous savez que sans cela on passe mal le temps au monde, et qu'à quelque prix que ce soit il faut tâcher d'en avoir. J'ai embrassé cette occasion-ci de me mettre à mon aise, et je l'ai fait sur l'espérance de me voir bientôt délivrée du barbon que je prends. C'est un homme qui mourra avant qu'il soit peu, et qui n'a tout au plus que six mois dans le ventre. Je vous le garantis défunt dans le temps que je dis ; et je n'aurai pas longuement à demander pour moi l'heureux état de veuve.
(A Sganarelle, qu'elle aperçoit.)
Ah ! nous parlions de vous, et nous en disions tout le bien qu'on en saurait dire.
- Lycaste -
Est-ce là monsieur ?…
- Dorimène -
Oui, c'est monsieur qui me prend pour femme.
- Lycaste -